Aktaes vous propose un magnifique texte de Pierre Bouygard par rapport au voyage des supporters des Frères De Le Rue à Vancouver, les photos sont signées Matthieu Pinaud.
« Touche ma branche, c’est pas du bois de sapin ! » vieux dicton québécois.
AVANT COUVERT
« C’était comment Vancouver ? »
« Couvert ! »
Çà c’était au retour. A l’aller : « tu m’enverras une carte postale … » Ben voyons. Il est sympa le Pierrot : il a pas lésiné à se cracher dans les pognes et sur plus d’une trentaine de timbres.
« Tu aurais pu m’envoyer une carte … ». Au retour…de manivelle par ceux des copains qu’on a oubliés dans la tournée du facteur. Parce qu’ils sont insatiables les copains, çà leur prend pas de temps à eux de lire le « bisou de Vancouver » écrit… avant couvert. Il était presque midi.
« Alors ? »
Que je vous confuse pas. Commençons par le commencement et le Christophe qui s’est fait claper le museau par son clébard en train de zoner dans la guinde familiale : faut dire qu’il a fourgué inopinément sa tronche par la portière. Rantamplan chasse de race. Bilan, une pogne endommagée et surtout une lèvre boudinée, zonzonnée à gros points comme on te ficelle un roti…Riez pas, le Tophe non plus d’ailleurs qui risquait de se faire péter les joints.
Donc six plombes du mat, rendez-vous devant l’Office. Il a neigé. Les Jeux d’hiver s’annoncent bien. S’il neige à Saint-Lary, forcément au Canada…Pourtant, la cabane elle va tomber pas sur le chien mais sur nos hures.
Thermolactylisés de haut en bas sous de chaudes polaires on peut affronter l’hiver colombien (britannique of course) sans crainte. Les montagnards sont là !
D’abord, pas rater l’avion. Le Manu pistonne sur l’autoroute jusqu’à l’entrée de Toulouse à l’heure de pointe.
Bon, à Blagnac on récupère le solde du contingent des supporters des De Le Rue brothers. La British Airways est à l’heure à Heathrow. En attendant la correspondance, avec Jeannot et Christine on s’encanaille avec un breakfast à l’anglaise comprenant saucisse, bacon, eggs et bien sûr beans (farters !), venus compléter l’arsenal dont Jeannot les oreilles décorées de boules quiès fera un usage immodéré agrémentant ma première nuit d’insomnie au « Cambie Hostel ».
« Ne me le ramenez pas, s’il canne en route … » avait recommandé Maman.
Des fois, tu sais, qu’une émotion, un accident ou tout connement une jolie fille de passage et papy qui avale son passeport.
Mais non, ni le survol du Groenland, ni celui de la mer de Baffin ou de la baie d’Hudson n’ont eu raison de ma bonne santé et nous voilà au bord du Pacifique. En nage. Parce que le weather is fine là-bas, et nous pas très fins dans nos petites laines et notre parka prévue pour le blizzard. Vous avez dit ?
Aussi dès notre installation, premier effeuillage pour ôter le surplus avant une balade nocturne dans les rues de Vancouver guidés par Alex notre correspondante locale. Et première bière, mais pas celle que redoutait Maman.
Et retour au Seymour Cambie Hostel, un établissement idéalement situé en centre ville, mais un peu rustique et surtout surplombant un pub irlandais dont avant de goûter les drafts on entendra une grande partie de la nuit l’approvisionnement en fûts. Car le canadien, originaire de la verte Eirin ou pas, pompe. La canadienne tambien. A laisser pantois nos spécialistes maison pourtant pas manchots dans le lever de coude.
Dans notre cagna on s’organise. A Jeannot l’étagère du haut. Normal c’est le plus jeune…Maintenant il va falloir occuper les quatre journées qui nous séparent de la compet de boarder cross. C’est long quatre jours surtout quand il pluviote et que le ciel est bas et l’horizon bouché. On venait voir la montagne, et on a vu la mer.
On nous l’avait seriné, Vancouver c’est bô. C’est vrai mais sans doute plus encore au soleil.
TOURISME
Manu, Alex, Sophie, Caroline, Patrick, Laurent, Jordi, Julie, Christophe, et Mathieu les jeunes de la troupe arpentent allégrement le bitume pour visiter. Nous les papys on serait plutôt adeptes du transport en commun d’autant plus que nous avons découvert qu’on pouvait les emprunter gratos. Au flan. Certes les autochtones (il parait qu’ici soixante dix pour cent de la population est d’origine asiatique) sont particulièrement sympathiques voire un peu naïfs, à moins que ce soit simplement de la bienveillance envers notre French lover’s team. Nous en abusons gaiement.
Par contre leur patriotisme est no limit avec un zeste de chauvinisme à l’instar du Coffee Artigiano de la rue Granville qui sans vergogne se vante de servir le meilleur café du monde, ou encore à l’angle de Dunsmuir le nippon Yu Me qui propose les authentiques tapas( !) japonaises. Crazy kanaks. Et moi quand je vous dis que le Louron est la plus belle vallée du monde…
D’entrée une constatation s’impose : mon anglais initié en son temps par le Clops à Palissy me semblait convenable, même s’il est mâtiné d’un léger accent lavardacais. Or les canadiens ne me comprennent pas, à croire que je jacte javanais. Comme eux on dirait qu’ils mâchent des chamallows en parlant, par mesure de rétorsion je décide donc de ne rien comprendre non plus. Non mais !
Ces frustrations compliquent un tant soit peu toute tentative de rapprochement avec la gent féminine. Encore que…Dans ce contexte olympique, le français demeure une denrée exotique qui attise la curiosité (la gourmandise aussi vous croyez ?) pour peu qu’il aille au contact. La canadienne est compréhensive même si pas toujours compréhensible. Gaffe quand même aux illusions…
Points forts de nos escapades en ville, le musée de la monnaie, mais si, mais si, car le Canada fabrique les biftons pour la moitié du monde civilisé ; l’horloge à vapeur, Water street (water, vapeur, tu piges ? Non ? Tant pis. C’est pas moi, c’est ma sœur…).Sur un coup de déprime, Richard street, on s’est même farci la Holy Rosary Cathedral de style gothique : faut dire qu’il pleuvait et qu’on s’est recueillis pour reposer nos pinceaux endoloris. Et puis le Stanley Park avec son superbe aquarium, et « where are the totems ? » que j’aske en m’appliquant « where are quoi ? » « hé bé les totems ! » « ah ! the totem pole (prononcez poule)… » « heu, yes ». Bref, après la danse du scalp, retour au centre ville.
Et nous voilà au matin du grand soir, aujourd’hui on ouvre, les Jeux. Evénement très attendu par tout un peuple drapé de rouge et blanc à feuille d’érable. Pourtant on nous annonce qu’au marché noir le prix des billets pour assister à la cérémonie se négocient aux alentours des mille dollars. Plus modestement nous nous contenterons de la retransmission télé au Cambie 2 à une encablure de Victory Square (on y croyait), en compagnie d’Harrison natif de Horseshoe Bay et de Jason originaire de Montréal. Ce dernier ne tarit pas d’éloges sur le hockey, sport national, qu’il vénère et préfère viril et au besoin incorrect : surtout contre Toronto…Mais dans l’immédiat nous sommes tous sur le pas de porte de notre taule pour voir passer la flamme, avec en avant première les camions Coca en guise de caravane publicitaire, puis les motards, la police montée et celle en voiture pour protéger le porteur de flambeau. Et la grande foule venue assister au spectacle…
Et puis je vous le donne en mille, le samedi matin la télé locale retransmet France-Irlande en direct. Après avoir avalé rapidos notre petit déj à base de muffins gros comme des cèpes tchernobylisés (on a les mêmes à Cazaux, les cèpes) on se carapate fissa dans le fief irlandais au rez- de- chaussée. A la fin du match, très fair play à la mode grand bretonne, je me précipite féliciter les perdants. Les rouquins s’escanent « congratulations, good game ! ».
Dimanche grosse journée, Célia la camerawoman d’M6, ne nous lâche pas les baskets : motif un reportage sur les supporters saint-hilariens. On joue le jeu. Je force mon naturel pour donner la note folklorique. D’ailleurs question folklore nous voilà embarqués pour la parade du nouvel an chinois. « Ni hao », je biche, mon vocabulaire pékinois va faire des ravages auprès des petites demoiselles. Mais seules les mémés apprécient mon talent de polyglotte. Les autres « ni, quoi ? ». Ah non… Allons-y. « Aïe ! ». C’est rien, c’est mon pied…
Et puis la montagne on en rêve, alors autant aller voir sur place. Banco pour Grouse Moutain, remarque les autres stations on ne pouvait y accéder faute de tickson pour les épreuves olympiques. D’abord le seabus pour traverser Lonsdale bay vers Vancouver nord, ensuite assis dans le bus jusqu’au pied de la montagne. Et comme à Saint-Lary, un téléphérique pour grimper sur les champs de neige ; ouais à part qu’en vallée d’Aure une somme (relativement) modique suffit pour faire l’aller retour avec le Pla d’Adet. Ici, zobi, malgré toute mon argumentation c’est plein tarif. Pour voir il faut banquer, quarante sept dollars par personne et encore grâce à la réduction troisième âge. C’est cher de quitter la pluie pour une mauvaise neige, et en plus dans la cabine la donzelle qui fait l’article (prends-en de la graine Peyo) nous apprend qu’on pourra se faire photographier avec un bear, pardon un ours. Chez nous aussi je lui rétorque, sauf que le leur c’est juste une statue comme dans le jardin public en face du magasin à Christine. L’arnaque complète…presque du poker menteur. Mais nous ne serons pas bluffés par la vétusté des installations : c’est plus moderne en vallée d’Aure !
Au retour sur les conseils de Marie-Pierre une aimable québécoise rencontrée en chemin, nous nous sommes payés l’ascension du Harbour center, une tour plantée au bout de notre rue, pour admirer le panorama. Au tarif senior bien sûr.
Granville Island le dimanche, artisanat et sea village au programme, c’est pire que Lourdes un jour de pèlerinage : y a du trèpe partout. Mais la French team commence à être connue, car dès que notre petite colonie, Christine, Clémence, Yannick, et Jeannot, fait mine de se lever pour descendre à chaque arrêt du bus, les passagers nous font asseoir en nous expliquant que nous ne sommes pas encore arrivés. Faut croire qu’ils ont été briffés sur notre excursion. Du coup le retour nous le ferons en taxi !
Lassés de la bouffe locale à base de burgers, soaps et même chiens chauds comme on dit dans la Belle Province, un soir avec Jeannot on casse la tirelire pour s’offrir un bone-in beef au Gotham, un établissement de bon aloi à l’ambiance feutrée et aux serveuses girondes, à une encablure de notre crèche ; avec cabernet chilien en accompagnement pour mouiller la côte à l’os…
LA COURSE
Aujourd’hui les choses sérieuses commencent. Dès cinq heures du matin avec l’annonce que toute la nuit, Manu et Sophie se sont démenés au téléphone pour nous obtenir des place pour le snowboard : en effet la veille, tard le soir, ils ont appris incidemment que l’organisation avait supprimé les quatre mille places debout déjà vendues. Dont les nôtres. Sympa s’il faut suivre Xavier et Polo à la télé…
Après moultes interventions ils en ont récupéré onze pour les tribunes, mais nous sommes quinze… Amstrangram c’est pas toi qui les verra. Heureusement le gaulois a des ressources, d’abord Clémence qui a rencontré la veille une vague connaissance qui justement travaille à la billetterie : tu parles d’un pot !
« Débrouillez vous pour arriver jusqu’à Cypress, je vais voir si je peux vous dépanner». Mais faut d’abord monter dans le bus et le contrôle est pointilleux, mais pas suffisamment pour notre équipe. Ouf ! la moitié du travail est faite. Le reste… Tellement bien que au lieu de se geler les c…, les pieds, à trépigner toute la journée, nous voilà installés en tribune d’honneur, pile face à la ligne d’arrivée dans l’immense tribune que notre cordée de papys a gagnée au piolet tant elle était haute à escalader. Après la course aux billets, la course aux médailles, et la malchance pour nos deux favoris, et pour d’autres. Mais qu’importent les autres ! Une consolation, il n’a pas plu pendant les épreuves.
Déçus nous répondons quand même à l’invitation à se rendre le soir dîner au « Club France » pour entendre notre ministre des sports se plaindre du froid et de la dureté des escaliers pour gagner sa place… Si elle avait dû courir après son billet d’entrée…
Il faut rentrer, sans médaille, mais avec quelques souvenirs. D’ailleurs nous n’hésitons pas à faire une queue interminable devant the olympic superstore pour cramer les derniers dollars : tee-shirts, casquettes, mittens, bonnets, les incontournables.
Dans le hall de l’aérogare, Jordi procède à l’enlèvement des derniers points qui tiennent la bidoche à Tophe, avec un regret pour notre nemrod décousu : il n’a pas trouvé de fusil à son goût à ramener au pays. Rantamplan a eu chaud aux miches.
Dans l’avion du retour, grand nord, baie d’Hudson, Groenland, mais nous sommes (presque) blasés. Alors on roupille à trente cinq mille pieds d’altitude, mille à l’heure avec un vent dans le cul de quatre vingt huit kilomètres heures : à croire que les canadiens sont pressés de se débarrasser de nous, ou nous de rentrer. Dehors il fait moins soixante trois degrés, mais on s’en fout !
Et à Heathrow, tu crois pas, mais un douanier, d’origine irlandaise faut croire, a pris sa petite revanche en me faisant (presque) foutre à poil. Mon moral d’acier avait fait biper le portique !
Les prochains jeux d’hiver auront lieu à Sotchi en Russie, dans quatre ans. Et dixit Patrick, « il parait que les filles là-bas sont ciselées au laser »….
Pierre Bouygard